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Les trois gardiens

il y a 5 jours
2 min de lecture
Trois Bergers du Caucase gardent des moutons et des agneaux nouveau-nés dans une vallée de montagne.
Reconstitution artistique inspirée du récit recueilli par Boris Riabinine.

Histoires vraies


D’après une histoire recueillie par Boris Riabinine auprès d’un narrateur de la région de Stavropol.


C’était en mars. Dans le Caucase, l’hiver ne voulait pas encore céder sa place. En montagne, une journée paisible pouvait se transformer en quelques minutes en une tempête de neige qui effaçait les chemins, les traces et tous les repères.


C’est ainsi que tout commença.


Une violente bourrasque de neige s’abattit sur les pâturages. Le vent fouetta le troupeau, la neige tourbillonna autour des animaux et la visibilité disparut. Lorsque la tempête passa, quelque quatre cents moutons avaient disparu. Avec eux, les trois Bergers du Caucase qui les gardaient.


Les recherches commencèrent. On parcourut les versants et les vallées, en explorant les endroits où les animaux auraient pu trouver refuge. Mais du troupeau, aucune trace.


Les jours devinrent des semaines. L’espoir s’amenuisait — il était difficile d’imaginer que les moutons et les chiens puissent survivre aussi longtemps seuls dans les montagnes.


Pourtant, quelque part là-haut, les trois gardiens poursuivaient leur travail.


En mai, environ six semaines après leur disparition, le troupeau fut enfin retrouvé dans un ravin profond. Les moutons étaient vivants. Et ils n’étaient plus quatre cents, mais environ cinq cents : des agneaux étaient nés entre-temps.


À leurs côtés se tenaient les trois chiens — épuisés, portant les blessures de leurs affrontements avec les loups, mais toujours à leur poste.


Personne ne savait combien d’attaques ils avaient repoussées, ni où ils avaient trouvé la force de tenir. Boris Riabinine suppose qu’ils se nourrissaient probablement de petits animaux qu’ils parvenaient à capturer.


Mais une chose était certaine : ils n’avaient pas abandonné le troupeau.


Il n’y avait aucun berger pour les guider, leur apporter à manger ou prendre la relève. La responsabilité leur appartenait toujours.


Pour un Berger du Caucase, le troupeau représente bien davantage que les animaux qu’il accompagne. C’est ce qui lui a été confié — même lorsque l’être humain n’est plus à ses côtés.


Lorsqu’on les retrouva, les trois chiens ne pouvaient guère savoir qu’ils avaient accompli quelque chose d’extraordinaire. Pour eux, tout était peut-être bien plus simple :


La tempête était arrivée.

Les hommes avaient disparu.

Le troupeau était resté.


Et quelqu’un devait le protéger.


Ce quelqu’un, c’était eux.


Toujours là.

Auprès du troupeau.

Jusqu’au dernier mouton. 🐾


 
 
 

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